Charbonnages

La concession de Bray,Maurage et Boussoit fut accordée en 1827, par le roi des Pays-Bas, au vicomte Desmaret de Biesme. Ce dernier vendit ses droits, en 1837, à une société d'exploitation. Une avaleresse fut établie au nord, près de la limite de Bracquegnies. Les terrains trop aquifères entrainèrent l'abandon des travaux vers 1840. Cet échec paralysa la Société qui se résigna, en 1869, à exposer la concession aux enchères publiques, à Paris, en concurrence et en association. Ils emportèrent toutefois par la vente. Un groupe d'industriels belges - dont la Société Générale pour favoriser l'industrie - purent fonder une société anonyme pour la mise en valeur.

On créa le siège St Jean (1872) et quelques années plus tard, le siège de la Garenne. Les résultats n'étaient toujours pas favorables. En 1899, on vendit 650 ha constituant la concession de Bray.

En 1904, une nouvelle Société fut créée (Ch. de Maurage) pour prendre le relais de la Société originale de 1869 (Ch. Maurage Boussoit). Il n'y a pratiquement pas de paiements de dividendes. Il reste 750 ha.

La création d'un nouveau siège (Marie-José) fut décidée au sud du ruisseau de la Haine. Cela sera fait de 1911 à la fin de la guerre. Elle permettra le comblement des puits de St Jean en 1917-18. Des batteries de four à coke, un triage-lavoir ont bien entendu été réalisés. Le site de St Jean est choisi pour la centrale électrique. Avec Marie-José, la Société devient enfin rentable. Elle fonctionnera jusqu'en 1961, année d'exécution de la Wallonie. Après quelques années, on avait même renouvelé les tours d'extraction de Marie-José pour exploiter plus profondément

Les charbonnages et leurs apports

Hôtellerie:  Le charbonnage de Maurage a acquis en 1920 le château de Boussoit et son magnifique parc de 20 hectares et l'a converti en une hôtellerie à l'usage du personnel étranger. Un gestionnaire était responsable de l'entretien des feux, le nettoyage des locaux, le lavage des literies, etc... Il recevait du charbonnage une indemnité journalière proportionnelle au nombre de journée de travail effectuées par les pensionnaires. Il fournissait aussi le café chaud, gratuit. Pour le reste de leurs repas les pensionnaires devaient se débrouiller. Ils y avaient à leur disposition une batterie de casseroles et poêlons, ainsi qu'une armoire à vivres, au réfectoire attenant à la cuisine. Ils recevaient en outre une paire de draps de lit propre tous les 15 jours. Les étages et les annexes avaient été aménagés en dortoirs tandis que les pièces du rez de chaussée étaient transformées en cuisine et réfectoire. Il pouvait héberger + /- 300 personnes. La pension coûtait +/- 10 francs par semaine. Ces conditions monacales permettaient à certains pensionnaires d'envoyer à leur famille entre 500 et 800 frs. par mois.
Cercle de l'Etincelle:  La direction des charbonnages avait  patronné la création d'un cercle dénommé : l'Etincelle. Celui-ci comprenait :
un café un restaurant
une salle de spectacles une salle de gymnastique
un salon de coiffure une plaine de sport

La section littéraire:
La section dramatique était la plus ancienne, elle a vu le jour dès la signature de l'armistice. Ses premières manifestations ont été des saynètes jouées par les gens de la localité. En 1926, le comité fit venir pour la première fois une troupe du Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles pour y donner une représentation de FAUST. Pour varier les programmes, une cabine de projection cinématographique avait été annexée. Une salle du bâtiment était une bibliothèque ouverte le dimanche matin.
Société des secours mutuels:
En 1919 naissait une société de secours mutuels. Elle comportait +/- 650 membres. Elle assurait à ses membres divers avantages dont les principaux étaient les soins de santé.
Société mutualiste de retraite:
En 1922 naissait une caisse de retraite qui fonctionnait sous la garantie de l'Etat.
Caisse d'épargne:
Fondée en 1921, en vue d'encourager l'épargne, celle-ci comprenait une centaine de membres. Ceux - ci versaient une cotisation mensuelle de 10 Frs. Chaque année, la caisse venait à expiration mais se renouvelait.
Section des décorés:
La société avait pour but d'entretenir parmi ses membres des relations de confraternité et de développer en eux des sentiments d'honneur et de dévouement. Elle était régie par des statuts spéciaux. Chaque année, au 21 juillet, un TE DEUM avait lieu, ainsi qu'un banquet

Section sportives

Le tir à l'arc: La plus ancienne société sportive était les ARCHERS DE L' ETINCELLE . C'était peut-être une des sections qui faisait du sport sans but de lucre. Les cotisations des membres étaient redistribuées en prix. En période d'hiver, on tirait dans une salle couverte.
Le jeu de quilles: Ce jeu jouissait des faveurs populaires: des concours étaient organisés chaque mois.
Club sportif: Une salle de gymnastique avait été installée et elle était pourvue des appareils nécessaires à l'exercice. Une plaine de sport avait également été aménagée avec des ballodromes, tennis……..
Affiliation colombophile: Le cercle avait mis à la disposition des colombophiles un local avec le matériel pour l'organisation d'un concours. Cette section comprenait +/- 550 membres.
Section horticole: La section horticole à pour but de développer le goût du jardinage .
Section petit élevage: Avicole, Apicole, Cunicole (La section cunicole s'occupait des peaux de lapins), Caprine (la section caprine s'occupait des chèvres et des moutons

HABITATIONS OUVRIERES:
Avant 1948, les habitations étaient groupées autour de l'église et dans le centre du village. D'autres plus nombreuses étaient construites à proximité des sièges d'extraction du charbonnage. Maurage comptait quatre cités :
 

De ces quatre cités, trois existent toujours (Leburton, Charles Bernier, Reine Astrid). De nouvelles habitations furent construites avec différents subsides à l'initiative de la société coopérative communale . C'est ainsi que surgissent les cités Reine Astrid en 1951 et Charles Bernier entre 1949 et 1950. En 1956 on entama la construction de la cité Leburton achevée en 1959. Pendant la guerre, l'occupant allemand avait établi un camp pour +/- 500 prisonniers russes. Après la guerre, ce camp fut agrandi, +/- 52 baraquements où ont logé +/- 3300 prisonniers allemands et leurs gardes. Après leur départ, ces baraquements ont été aménagés afin de loger des familles belges et surtout des familles italiennes. Les célibataires étrangers furent hébergés dans le château, don du Comte de LICHTERVELDE. Cette vaste habitation pouvait abriter 300 ouvriers. Plus tard, des modifications furent apportées dans les dépendances du château pour les transformer en logements
1961 …Fermeture des charbonnages


La menace de fermeture des charbonnages de Maurage:
Une lettre du conseil communal au conseil d'administration de la société
On sait qu'il est question d'une fermeture des charbonnages de Maurage qui occupent 2500 ouvriers. Au nom du conseil communal de Maurage unanime : M. L. PENNINCK bourgmestre; M.E. LENEUF, secrétaire communal, viennent d'adresser à ce sujet la lettre que voici à M . le Baron Jacques de FIERLANT DORMER, président du conseil d'administration de la société des charbonnages de Maurage :
 

Monsieur le Président,
Le conseil communal de Maurage s'est vivement ému d'apprendre que l'assemblée générale de votre société aurait à se prononcer sur l'opportunité de cesser ses activités.
Nous n'ignorons pas les difficultés que traverse l'industrie charbonnière ni les problèmes particuliers qui se posent aux charbonnages de Maurage.
Les informations que nous possédons nous permettent toutefois de croire que la Haute Autorité de la C.E.C.A et le gouvernement belge ont toujours considéré votre entreprise comme parfaitement intégrable dans le Marché Commun. Il semble d'ailleurs que c'est en relation avec cette opinion que des investissements importants ont été réalisés au siège Marie-José.
La conjoncture politique actuelle permet, d'autre part de croire que les mesures qui seront prises en vue d'assainir la situation de l'industrie houillère belge ne viseront plus uniquement la capacité globale de production par des fermetures, mais tiendront compte d'autres facteurs, notamment des possibilités d'utilisations industrielles des produits et de la capacité technique d'extraire à des prix rentables.
Nous pensons que la situation des charbonnages de Maurage est excellente dans ce domaine: le siège de Marie-José est équipé pour une production beaucoup plus importante que celle actuellement réalisée. Il est également possible d'exploiter, à partir de ce siège, d'importantes concessions actuellement vacantes et qui sont loin d'être épuisées. Il semble que les difficultés actuelles sont d'ordre surtout financier. La trésorerie de l'entreprise est insuffisamment alimentée tandis que les possibilités normales de crédit sont entravées par une sous-estimation évidente des actifs.

Un autre élément du problème serait une concentration poussée de l'exploitation sur un seul siège.
Il va de soi que notre opposition à la fermeture a d'autres sources que les considérations qui précèdent.
Maurage est né avec les charbonnages. Petit village agricole, il y a septante-cinq ans, notre localité est devenue une cité de près de six mille âmes. Toute l'activité de notre population est conditionnée par la vôtre. Le commerce vit des salaires que vous distribuez. L'artisanat dépend de vos commandes.
Il n'est pas exagéré de prétendre que les communes environnantes : Boussoit, Bray, Strépy-Bracquegnies, Thieu, où l'activité industrielle est devenue presque inexistante au cours des dernières années entreront également dans la voie d'une décadence accélérée si le projet de fermeture se réalise. Si donc d'une part, les actionnaires de la société anonyme des charbonnages de Maurage risquent de perdre le fruit onéreux, la population tout entière d'une agglomération de plus de vingt mille habitants verra se détériorer le capital accumulé par deux générations en bâtiments publics, en routes, en habitations, en activités commerciales et artisanales.
Depuis plusieurs années, les autorités provinciales et gouvernementales se préoccupent de favoriser l'implantation d'industries nouvelles. Cet effort ne peut donner de résultats qu'à échéance assez éloignée et il serait socialement souhaitable que la transition soit étalée sur un nombre d'années assez important. L'état actuel du gisement houiller permet d'envisager cet étalement sur une période de quinze années au moins . Nous vous demandons donc en conclusion de considérer la situation sous l'angle le plus favorable à la continuation de l'exploitation.
Nous croyons qu'une expertise effectuée sous le contrôle du conseil national des charbonnages et de la haute autorité de C.E.C.A permettrait de déterminer la capacité technique de vos charbonnages et les mesures à prendre en vue de réaliser une exploitation rentable tant du point de vue économique que du point de vue économique nécessaires .
Les organismes syndicaux  peuvent également participer à cette manœuvre de sauvetage d'une industrie essentielle pour la vie d'une région.
Nous osons espérer que l'esprit social qui a présidé à de nombreuses réalisations de votre société prévaudra une fois de plus dans les délibérations de votre assemblée générale et que tenant compte des possibilités techniques, vous aurez en vue le sort de plusieurs milliers de familles ouvrières.
Veuillez croire, Monsieur le Président, à l'assurance de notre haute considération.
On ne peut que souhaiter que cet appel reçoive l'accueil qu'il mérite, car il y va non seulement du gagne-pain de 25OO travailleurs, mais aussi comme le fait remarquer pertinemment cette lettre, de la vie même de tout un secteur d'activités de la région du Centre.
Extrait de journal source La Nouvelle Gazette juillet 1961
LA FERMETURE des charbonnages de Maurage est OFFICIELLEMENT DECIDEE
M. ANDRE RENARD et d'autres leaders du mouvement populaire wallon ont présidé un important meeting de protestation
Une nouvelle manifestation

Mercredi, la décision officielle de fermeture étant connue, une nouvelle manifestation des ouvriers des puits de Marie-José et de la Garenne s'est déroulée à Maurage.
Après avoir fait remonter les ouvriers se trouvant encore au fond de la mine, les grévistes se sont répandus dans les rues dès 6 heures du matin. Ils s'en furent en cortège vers les grands bureaux où ils firent cesser le travail des employés y compris ceux de la vente au comptant . Les grévistes se rendirent alors devant la propriété de M. PILETTE, directeur gérant, et escaladèrent les grilles. Le cortège se reforma ensuite. En tête, un gréviste arborait un drapeau noir tandis qu'un autre sonnait le rassemblement au moyen d'une trompette.
Descendant le quartier de l'Etincelle, les grévistes gagnèrent la place communale où deux délégués syndicaux MM. Joseph LEWARCQ et Louis COLLEBAUT haranguèrent la foule.
La fermeture du puits de la GARENNE, confirmèrent les orateurs, est décidée pour le 15 AOUT 1961 et celle de MARIE-JOSE pour le 25 NOVEMBRE 1961.
Un nouveau meeting est prévu à la place communale, ce jeudi 13 juillet, à 9 heures du matin.
 

Château du directeur en 1935

1949

   

Boucherie du charbonnage en 1917

ancien camp de prisonniers et cité "clos Rivaux" hébergeant les travailleurs de la mine